Situé à 35 km au Sud de Kaboul dans la province du Logar, le site de Mes Aynak s’étend sur une superficie de près de 4 km2, à une altitude moyenne de 2460 m. Il s’agit d’une véritable agglomération, associée à une installation minière et pas moins de six monastères bouddhiques. L’occupation du site et de la mine est datée actuellement entre le IIème et la fin du VIIème siècle. De vastes campagnes archéologiques y ont cours depuis 2009, du fait de la possible exploitation dans les années à venir du minerai de cuivre sous-jacent, dont l’importance est telle que ce gisement est qualifié de deuxième plus grande réserve mondiale de cuivre non exploitée.
La DAFA apporte son soutien scientifique et technique aux fouilles menées par l’Institut National d’Archéologie afghan (INA), ainsi que son expertise pour mettre en place une méthodologie adaptée à l’immense quantité de données à recueillir et traiter. L’UNESCO intervient également en étroite collaboration avec l’INA et la DAFA, en termes de restauration des œuvres sculptées et de leur dépose puis transfert au Musée national d’Afghanistan à Kaboul, en cas de destruction future du site.
La multiplicité des thématiques de recherches mises en exergue à Mes Aynak a permis d’établir un dialogue avec des spécialistes en histoire des mines (Paul Benoit, Université Paris I ; Paul Craddock, British Museum ; Daniel Steiniger, DAI), des historiens de l’art (Anna Filigensi, IsIAO), tout en reprenant la bibliographie relative aux fortifications, aux sites urbanisés (Termez, Bégram), aux monastères bouddhiques nombreux en Afghanistan et en Asie centrale.
La durée et les modalités d’occupation du site de Mes Aynak sont deux des axes principaux de la recherche. Il s’agit d’appréhender son développement au fil des siècles, et de déterminer si celui-ci était progressif, discontinu ou de densité variable.
La question d’une occupation antérieure à la période kouchane se pose également. Un tel gisement de cuivre a pu être exploité dès le IIIème millénaire avant notre ère, à l’âge du Bronze, le minerai affleurant à la surface. En l’état actuel des fouilles, aucune stratigraphie ne présente une séquence aussi longue, mais la découverte récente, dans un contexte de remploi, d’une colonnette à gorge caractéristique des sépultures de l’âge du Bronze, suscite réflexion.
Les rapports entretenus entre les monastères bouddhiques et l’exploitation minière constituent une autre problématique, à replacer dans le cadre de l’évolution du Bouddhisme en Asie centrale. Les premières recherches archéologiques sur des monastères étaient sous-tendues par des conceptions d’histoire de l’art et un désir d’enrichir des collections muséales, à Kaboul et à Paris en particulier. On sait aujourd’hui que les liens entre pouvoirs politiques et monastères bouddhiques étaient étroits et que des monastères pouvaient être si richement dotés qu’ils devenaient, à l’échelle locale, des puissances économiques.
En outre, Mes Aynak présente de nombreuses chapelles bouddhiques comme disséminées à travers le tissu urbain. Les rapports entre moines et laïques, souvent ignorés lors des fouilles anciennes, pourraient être mieux appréhendés à Mes Aynak.
De récentes découvertes (bâtiment au plan évoquant les temples du feu d’Asie centrale et inhumations en nécropole, notamment) suggèrent par ailleurs une diversité de cultes et de croyances. Que celles-ci aient coexisté ou se soient succédé selon les siècles et les présences politiques dominant la région de Mes Aynak reste à éclaircir. L’histoire politique de la région comprise entre Kaboul et Ghazni présente encore de nombreuses zones d’ombre.