Les nombreux aménagements modernes du centre historique de la ville d’Hérat, située à l’Ouest de l’Afghanistan, constituaient une lourde menace sur son potentiel archéologique. Ce contexte local avec une urbanisation sauvage a conduit la DAFA, en partenariat avec une équipe du Deutsches Archäologisches Institut (DAI) dirigée par Ute Franke-Vogt, à mettre en place une surveillance archéologique permettant de suivre les travaux de terrassement et à s’assurer qu’en cas de destruction, toutes les données archéologiques soient bien enregistrées, et de la protection et de l’étude des données historico-archéologiques qui pourraient en être extraites.
Au cours d’une mission conduite en collaboration avec l’Aga Khan Trust for Culture (AKTC), une dizaine de chantiers de construction ont été inspectés dans la vieille ville permettant de déterminer que, hormis les deux tépés anciens, la zone présentant la plus forte stratification archéologique est celle de la vieille ville comprise dans la zone limitée par les remparts. On peut d’ores et déjà estimer à 8 m en moyenne l’épaisseur de la stratification archéologique, les trois mètres supérieurs datant de la période islamique (au plus tôt timouride).
Il a été également constaté qu’il restait très peu d’endroits pour observer les fortifications et que, à la vitesse à laquelle se font les aménagements dans cette partie de la ville, il n’en resterait à très court terme plus aucune trace en élévation.

Pour plus d’informations.

Kohandez et Qalaʻ Ekhtyâroddin

Dans le cadre du programme franco-allemand d’étude du site ancien d’Hérat, une opération a été menée sur un des tépés anciens, le Kohandez. Ainsi, en 2008, la séquence stratigraphique de la partie de ce site accessible aux recherches a pu être étudiée. Un sondage de 5×5 m de côté a été réalisé sur une profondeur de 3 m. Dans le premier mètre sont apparus des tessons associés à un matériel varié correspondant à des épandages de déchets urbains contemporains. Cette première couche purgée, le matériel qui a été recueilli en stratigraphie jusqu’au niveau des sables et graviers géologiques est exclusivement « achéménide » avec toutefois quelques perturbations dues à des puits ou des fosses à détritus islamiques. Il s’agit d’une céramique abondante et de belle qualité. Les restes de constructions en briques crues associées à cette période ancienne ont été observés, sans qu’il soit possible d’analyser l’organisation et la fonction de ces structures, compte-tenu du caractère réduit de ce sondage.

Des travaux ont également eu lieu au Qalaʻ Ekhtyâroddin sous la forme de sondages qui ont ici aussi fait apparaître des niveaux «achéménides ». Mais la nature exacte des occupations rencontrées reste imprécise. L’équipe allemande a par ailleurs dégagé des états timourides de la porte Nord de la fortification.

Mosallâ

Devenue en 1405 la seconde capitale de l’empire timouride sous le règne de Shâh Rokh, fils et successeur de Timur, la cité de Hérat connaît un développement culturel particulièrement remarquable au cours des règnes de Shâh Rokh (1405-1447) puis de Soltân Hosayn Bâyqarâ (1470-1506). Les monuments du « Mosallâ » constituent un excellent témoignage de l’importance de ce mécénat timouride à Hérat.
Des campagnes de sondages, de prospections et d’études du matériel archéologique du complexe du Mosallâ ont été menées, à partir de 2014, par la direction de la DAFA à la demande de l’UNESCO et les services patrimoniaux d’Hérat. Ce projet de recherche a aussi participé à la formation de jeunes archéologues afghans à la fois sur le terrain et lors du traitement du matériel post-fouille.
La zone dite du « Mosallâ » rassemble les vestiges de deux prestigieuses fondations timourides : le complexe de Gawhar Shad vers 1417-1437, qui se compose d’une Masjed-e Jâme‘ et d’une madrasa funéraire, et la madrasa de Soltân Ḥosayn Bâyqarâ, construite plus d’un demi-siècle plus tard vers 1492-1493, au Nord du premier ensemble. Les deux complexes sont séparés par le canal Enjil – qui traverse également la madrasa de Soltân Hosayn Bâyqarâ – et joints par un pont (Pol-e Enjil).
Le musée national d’Hérat, situé dans la citadelle Ekhtyâroddin, conserve aujourd’hui les nombreux fragments de décors en céramique provenant des structures dites du « Mosallâ ». Ces fragments avaient été ramassés au cours du XXème siècle dans les décombres des complexes de Gawhâr Shad et de Soltân Hosayn Bâyqarâ. Récemment, ces milliers de fragments de revêtement ont été rapportés à la citadelle. L’objectif de la mission était d’enregistrer ce matériel et de le reconditionner dans des caisses afin d’en améliorer les conditions de conservation et d’en faciliter l’étude. Un ensemble de plus de 11300 tessons de céramique et 11 fragments de décors en stuc sculpté ont été classés, photographiés et enregistrés dans une base de données.
Les fouilles étaient destinées, quant à elles, à s’assurer que la construction d’un nouveau mur d’enceinte autour de la madrasa ne risquait pas d’endommager des structures archéologiques tout en offrant la possibilité de mieux comprendre les phases d’occupation et l’aménagement du site. Neuf sondages ont permis de mettre en lumière la réoccupation de la zone située à l’Est de la mosquée. Une rapide campagne de micro-topographie (avec un point pris tous les 1 à 3 m) a été entreprise du côté Est de la madrasa. L’étude de l’élévation du micro-relief fait apparaître les traces des structures qui se trouvaient en avant de la madrasa.
L’une des difficultés majeures de cette intervention a été la présence possible de mines puisque ce site était un champ de bataille durant la guerre civile. La DAFA et l’UNESCO ont donc travaillé en partenariat avec un organisme spécialisé dans le déminage pour sécuriser les zones fouillées. Ce partenariat a également été l’occasion de mettre en place un protocole pour déminer l’ensemble du site tout en préservant les vestiges archéologiques et l’intégrité de la stratigraphie dans les zones clés du site.
Cette mission a été suivie par un journaliste de RFI basé à Kaboul, Joël Bronner, qui a réalisé à cette occasion un « Grand Reportage » sur la DAFA diffusé en janvier 2016.

En 2020, la DAFA a été à nouveau sollicitée, par les autorités afghanes, pour élaborer un projet de fouille et de restauration de la madrasa du Soltân Hosayn Bâyqarâ, puis le projet fut étendu aux autres monuments du complexe. A la suite des tremblements de terre qui ont frappé la région d’Hérat en octobre 2023, les financements qui avaient été obtenus pour ce projet de la part de l’ALIPH ont été réorientés pour faire face aux travaux de consolidation les plus urgents.

Bibliographie sur le Mosallâ

S. Aube, T. Lorain, J. Bendezu-Sarmiento, « The Comple of Gawhar Shad in Herat: New Findings about its Architecture and Ceramic Tile Decorations », Iran vol. 58, no. 1, 2020, p. 62-83.