Le site de Cheshme Shafâ se situe au pied des montagnes du Kuh-e Albruz, à la hauteur des gorges creusées par la rivière Balkh-Âb le long de la frontière sud de l’oasis de Balkh. Il s’agit d’une fondation urbaine d’époque pré-achéménide et achéménide datée du milieu du Ier millénaire avant J.-C.
C’est en 2007 que la prospection archéologique de l’arrière-pays de Bactres menée par la DAFA a commencé de façon fructueuse par la découverte, entres autres, du site de Cheshme Shafâ. Après plusieurs campagnes de fouilles, une prospection magnétique a été menée sur le site en mai 2015 montrant une occupation très étendue et un système de fortification complexe.
Le site occupe une position stratégique puisque cette vallée constitue un des principaux points de passage reliant Bactres par Bâmiyân au Nord-ouest de l’Inde. Ce site assure donc une fonction défensive démontrée par l’existence d’un vaste réseau de remparts de plusieurs kilomètres de long, à la fois sur les crêtes des reliefs environnants mais aussi dans la plaine. A l’intérieur de ces fortifications, les occupations se sont développées sur les deux rives du Balkh-Âb.
Trois grands secteurs d’occupation ont été définis : le secteur du Kafir Qalaʻa, situé sur la rive droite, se compose d’un ensemble de terrasses aménagées sur un éperon rocheux, le secteur du Kouh-i Albrouz sur la rive gauche, et le secteur de la ville basse installé sur la rive gauche de la rivière sur une vaste terrasse fluviale d’une soixantaine d’hectares.
Les résultats de la prospection magnétique, associées aux interprétations des photographies aériennes et aux travaux topographiques entrepris en 2015, permettent de dresser une première ébauche du plan d’organisation de la ville basse. Ce secteur s’est tout d’abord installé sur trois larges terrasses, vestiges des nivellements préalables à la fondation du site. Le grand talus central visible sur le terrain et sur les images aériennes témoigne de l’importance de ces travaux. Les autres grandes lignes visibles correspondent probablement à des voies de circulation bordées de fossés. Elles dessineraient le plan général d’organisation de la ville basse et délimiteraient un parcellaire orthogonal à l’intérieur duquel s’organiserait l’occupation. Ce plan reste toutefois très incomplet car nous disposons essentiellement des composantes Nord/Sud de ce réseau. Il faudrait étendre les prospections de manière à détecter des voies Est/Ouest afin de restituer plus précisément le parcellaire. Pour l’instant, seule une voie Est/Ouest a été détectée, coupant deux des grandes lignes Nord/Sud et délimitant ainsi deux « îlots ». Le fait que cette voie ne relie que deux axes Nord/Sud démontre que la division interne de ce parcellaire est irrégulière. La faible densité des constructions pourrait s’expliquer par le fait que l’aménagement de la ville basse était en cours et largement inachevé lors de l’abandon du site.
Le deuxième objectif des travaux entrepris par la DAFA était de déterminer une première chronologie générale d’occupation. La plupart des structures visibles et l’analyse du matériel céramique indiquent que les assemblages sont de type Yaz II-III inscrivant le site dans le cadre chronologique pré-achéménide et achéménide. Des réoccupations d’époque islamique ont aussi été détectées sur l’ensemble du secteur du Kafir Qalaʻa, et dans la ville basse où elles se limitent à la présence de deux caravansérails situés au Nord et au Sud du secteur ; en revanche, elles sont très rares dans le secteur du Kouh-i Albrouz. Ce site exceptionnel devra faire l’objet de nouvelles études.