Les travaux anciens de la DAFA sur le Bala Hissar (le « Fort d’en haut ») n’ont jamais permis de mettre en évidence la présence de vestiges grecs. Après son expédition de 1924-1925, A. Foucher décrit ce fort en ces termes : « De forme vaguement ovale, flanqué de quatre bastions (sans compter l’Arg) et percé de quatre brèches, il n’a pas moins de 3.300 mètres de tour (…) ; sa surface n’est qu’un désert de briques écroulées, dont les monceaux s’accumulent particulièrement dans la partie centrale (…) ; il reste au moins cinq bons hectares à défoncer pour peu que vous désiriez savoir ce qui s’y cache. » Daniel Schlumberger y pratiqua 37 sondages entre 1947 et 1950 sans reconnaître le moindre vestige architectural, mais ses travaux ont offert les premiers indices, bien que discrets, d’une occupation pré-kouchane.
Dès la reprise des activités de la DAFA, en 2003, la Direction s’est intéressée à Balkh ; la reprise d’une grande opération dans cette cité mythique a eu pour objectif de trouver une solution à l’hémorragie patrimoniale que constituait le pillage du site. L’autre but, plus scientifique, a été de reprendre l’étude des différentes occupations du site sur la base même des données nouvelles qu’avaient apporté les fouilles illégales. Plusieurs secteurs ont été explorés.
Le Bala Hissar de Balkh
Reprises par la direction de la DAFA en 2004, les fouilles du Bala Hissar ont mis en évidence les niveaux achéménides tant recherchés par ses prédécesseurs. Un large sondage sur le rempart du Bala Hissar a dévoilé une séquence stratigraphique complète dans laquelle s’inséraient ces occupations. Un abondant matériel y a été prélevé et son analyse a révélé la présence d’une céramique fine de couleur grise, semblable à celle des niveaux grecs du site d’Aï Khanoum. Par ailleurs, des puits de l’époque islamique ont livré un abondant matériel archéologique attestant une forte densité d’occupation du site du IXème au XIIème siècle.
D’importants creusements d’époque achéménide ont été découverts durant la campagne de 2008. Ils pourraient être mis en relation avec un premier état des fortifications. Une tour circulaire en brique crue a également été dégagée, dont la construction, serait probablement à mettre en relation avec un des états des remparts de Balkh.
En 2014, une étude du matériel céramique de l’âge du Fer de l’ensemble des fouilles de l’Oasis de Bactres a été entreprise. Le matériel provenant du Bala Hissar s’avère être le plus varié et révèle que la citadelle était occupée dès l’âge du Fer ancien.
En mai 2015, une nouvelle campagne de fouille a été menée afin de nettoyer le chantier de 2005 utilisé comme décharge par les habitants et l’hôpital de la ville, et reboucher des sondages ouverts en 2008 devenus dangereux par leur profondeur. Cinq sondages ont ensuite été réalisés avec deux objectifs. Le premier était d’obtenir des informations stratigraphiques relatives aux occupations les plus anciennes connues par la céramique datée de l’âge du Fer ancien, afin de préciser la chronologie de Bactres et en particulier sa première occupation. Le second objectif des sondages était de comprendre où se trouvait la limite de l’occupation achéménide identifiée par nos prédécesseurs. L’étude des céramiques issues de ces sondages indique que l’âge du Bronze n’est attesté que par un fragment et que la période hellénistique n’est pas représentée.
Bibliographie sur le Bala Hissar de Balkh
– BERNARD (P.), BESENVAL (R.), JARRIGE (J.-F.), « Carnet de route en images d’un voyage sur les sites archéologiques de la Bactriane afghane (mai 2002) », in Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 146, n° 4, 2002, p. 1385-1428.
– BERNARD (P.), BESENVAL (R.), MARQUIS (Ph.), « Du « mirage bactrien » aux réalités archéologiques : nouvelles fouilles de la Délégation archéologique française en Afghanistan (DAFA) à Bactres (2004-2005) », in Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 150, n° 4, 2006, p. 1175-1248.
– BESENVAL (R.), MARQUIS (Ph.), « Le rêve accompli d’Alfred Foucher à Bactres : nouvelles fouilles de la Délégation archéologique française en Afghanistan (DAFA) 2002-2007 », in Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 151, n° 4, 2007, p. 1847-1874.
– BESENVAL (R.), MARQUIS (Ph.), « Les travaux de la Délégation archéologique Française en Afghanistan (DAFA) : résultat des campagnes de l’automne 2007 – printemps 2008 en Bactriane et à Kaboul », in Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 152, n° 3, 2008, p. 973-995.
Tepe Zargaran
Le site de Tepe Zargarân ou « Tertre des Orfèvres » fut repéré par Alfred Foucher lors de sa prospection de 1924. Il s’agit d’un vaste tumulus de contour irrégulier d’environ 450 m de longueur sur une largeur maximale de 300 m. A. Foucher l’interpréta comme un faubourg abandonné depuis le XIIIème siècle ou depuis la première invasion musulmane du VIIème siècle.
C’est à la suite de la découverte de blocs grecs durant les pillages de Balkh, que Roland Besenval entreprit en 2002 de réaliser une prospection de cette zone afin de vérifier l’origine exacte de ces trouvailles. Des blocs architecturaux de facture grecque furent retrouvés dans le village de Bâgh-e Oraq, qui provenaient selon les villageois, d’un secteur du Tepe Zargarân, connu sous le nom de Chehel Soutun (les 40 colonnes). A proximité du village, une rapide reconnaissance a permis de repérer également les restes d’une construction enterrée, matérialisée par des parements de pierre ornés de pilastres.
Les campagnes de fouille menées à partir de 2004 ont permis d’améliorer nos connaissances de Balkh aux périodes hellénistiques, kouchane et islamique. En effet, les blocs grecs identifiés à la suite de pillages, proviennent d’un aménagement d’époque kouchane dans lesquels ils ont été réemployés. Il est donc établi qu’il y avait à Balkh de grandes constructions en pierre à l’époque hellénistique du type de celles d’Aï Khanoum. On y a trouvé également des aménagements postérieurs au IIème siècle après J.-C. utilisant des pierres de récupération des monuments bouddhiques et de bâtiments kouchano-sassanides.
L’étude sur les céramiques collectées sur les chantiers 6, 15 et 18 révèlent en particulier que le site ne semble pas avoir été occupé antérieurement à la période Yaz III même si des formes antérieures sont présentes.
Bibliographie sur le Tepe Zargaran
– BERNARD (P.), BESENVAL (R.), MARQUIS (Ph.), « Du « mirage bactrien » aux réalités archéologiques : nouvelles fouilles de la Délégation archéologique française en Afghanistan (DAFA) à Bactres (2004-2005) », in Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 150, n° 4, 2006, p. 1175-1248.
– BESENVAL (R.), MARQUIS (Ph.), « Le rêve accompli d’Alfred Foucher à Bactres : nouvelles fouilles de la Délégation archéologique française en Afghanistan (DAFA) 2002-2007 », in Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 151, n° 4, 2007, p. 1847-1874.
Remparts de Balkh
Dès 2005, la DAFA a repris l’étude des murailles de Balkh. Le but principal de ce programme était de préciser la chronologie des différentes phases de construction de cet ensemble de murailles.
Quelques études avaient déjà été conduites sur ces remparts. La première avait été menée en novembre 1955 puis en mai-juin 1956 par l’architecte Marc Le Berre et le directeur adjoint de la DAFA André Maricq. Elle donna lieu à une publication dans le tome XIX des Mémoires de la DAFA. L’observation des remparts reste cependant superficielle puisque seules les parties en élévation sont étudiées. La seconde étude est celle de Rodney S. Young publiée en 1955, mais trop limitée dans l’espace.
Une nouvelle étude approfondie est donc conduite sur cinq zones différentes de façon à rassembler de nombreuses données tant architecturales que stratigraphiques permettant de proposer une nouvelle histoire des murailles urbaines.
L’un des principaux enseignements de ces différentes campagnes d’étude a été de montrer que la réalité archéologique était beaucoup plus complexe que ce qu’avaient pu suggérer les études antérieures. Ainsi, s’il était possible d’établir une séquence chronologique pour un secteur à partir essentiellement d’observations stratigraphiques, l’extrapolation de ces résultats à d’autres secteurs du rempart devait être faite avec prudence. Le séduisant schéma d’un agrandissement progressif du tracé de l’enceinte urbaine est dès lors à reconsidérer. De même faut-il vraisemblablement revoir l’hypothèse selon laquelle les éléments de rempart que nous voyons actuellement puissent constituer son extension maximale. La fonction même de certaines portions de l’actuel rempart pourrait avoir été autre que défensive, tout au moins à l’origine.
Le deuxième objectif de ce programme de recherche est de proposer un plan de protection. La densification des constructions dans l’espace délimité par les remparts, la progression des zones cultivées sur les zones laissées en pâturages ou en friche à leur périphérie extérieure immédiate, et les changements opérés dans le tracé des réseaux d’irrigation constituent autant de menaces pour leur conservation. L’étude des constructions existantes, celle du parcellaire et les résultats des fouilles fournissent des données essentielles pour définir ce que pourrait être un périmètre de protection, une étape primordiale avant de pouvoir mettre en place un programme de restauration et de conservation. En 2013, la cartographie existante a été affinée en utilisant des photos satellite d’une définition de 20 cm pour un pixel révélant des détails de la topographie ancienne des murs jusqu’à présent non repérés, particulièrement dans les parcelles privées dans lesquelles l’accès est impossible.
Bibliographie sur les remparts de Balkh
– DAGUENS (B.), LE BERRE (M.), SCHLUMBERGER (D.), Monuments préislamiques d’Afghanistan, Mémoires de la DAFA, Tome XIX, Paris, Éditions d’Art et d’Histoire, 1964, p. 66-104.
– YOUNG (R.), « The South wall of Balkh-Bactria », American Journal of Archaeology, n°59, N°4, 1965, p. 267-276.
Le Nawbahar de Balkh
Le Nawbahar fut l’un des plus grands monastères bouddhiques d’Asie centrale, dirigé par la famille des Barmak qui contrôlèrent l’ensemble de l’oasis de Balkh entre la disparition du pouvoir sassanide à la fin du VIe siècle et l’affermissement de la domination arabe au début du VIIIe siècle. Le Nawbahar était composé de plusieurs édifices dont un stupa monumental situé à 1500 m au sud du rempart sud de Bactres et connu sous le nom de Top-i Rustam. C’est Alfred Foucher qui fut le premier à en mener l’étude et l’attribua au monastère.
Le Nawbahar a fait l’objet d’une nouvelle étude, qui combine une exploitation de toutes les sources écrites arabes et chinoises, des monnaies et un examen approfondi de photographies aériennes révélant un parcellaire ancien.
Bibliographie sur le Nawbahar
– A. Foucher, La vieille route de l’Inde de Bactres à Taxila, vol. 1, Mémoire de la DAFA I, Paris, 1942, p. 84 et suivantes.
– E. de la Vaissière, P. Marquis, « Nouvelles recherches sur le paysage monumental de Bactres », Compte rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 157, n° 3, 2013, p. 1155-1171.